Le Fuzion? Pour le vinaigre de vin.

En janvier 2007, Marc-André Gagnon écrivait ;

« Le vin le plus vendu au Québec : 1,8 million de bouteilles vendues à la SAQ l’an dernier. Pourquoi? Parce que ce n’est pas cher… et que c’est vraiment bon.
Le 2006 vient d’arriver sur les tablettes et il est meilleur que le 2005 et même que le 2004. Comment peuvent-ils faire un si bon vin à ce prix, alors qu’il a tellement de vins sans saveurs qui se vendent de 12 à 18 dollars? Une petite perfection. Un bel équilibre. Pas gros, pas costaud, pas trop corsé, pas confituré. Juste un bon vin argentin succulent, frais, de la mâche, un beau fruité, des tanins ronds sans prétention. Et surtout une belle finale, fine et fruitée, et assez longue en plus. Cépages : shiraz à 80 % et malbec pour le reste. Alc 13,5 %. »

Une question se pose cependant, combien a-t-il été payé pour écrire une telle chose? D’un produit auquel on greffe les qualificatifs « vraiment bon », « si bon vin », « petite perfection », « succulent », on s’attendrait à quelque chose n’allant pas vraiment en bas de 15 $. Cependant, on nous prescrit ici la « fabuleuse médecine miracle du Dr.Smith ».
Il s’agit en effet d’un vin. Mais, peut-on vraiment parler d’un produit qui se déguste contrairement à un produit que l’on consomme par habitude du geste? Peut-on parler du Fuzion comme étant un produit qui se laisse désirer ou l’achète-t-on pour combler le trou de la nécessité de boire du « vin » les soirs de semaine ?

Je ne cherche absolument pas le mettre au ban, loin de là, mais simplement de rendre à César ce qui lui revient (et par le fait même, de rendre à la plèbe, ce qui lui revient, évidemment). Je ferai donc mon Mea Culpa, il m’est arrivé à plusieurs reprises d’en acheter quelques bouteilles, ça fait un excellent vin de semaine. Pour le prix c’est un produit qui n’est absolument pas à négliger. Mais, est-ce justifié de l’affubler de tous ces jolis traits? Revenons à la réalité s’il vous plaît. Syrah et Malbec, voilà deux mots qui, normalement, devraient être assez évocateurs. Je suis un très grand amateur de Syrah, j’aime la franchise, la claque au visage, je n’aime pas avoir à respirer huit fois avant que le goût arrive. Si je n’avais pas lu l’étiquette du Fuzion, il est fort probable même que je n’aurais jamais écrit ses lignes. À 80 % dans sa construction, je me serais attendu à un goût un peu plus caractéristique. Même certains vins américains dont la composition n’a que 10% de Syrah en ont plus le caractère que ça ! Ici les délicieux tanins font place à une acidité provocante, sans parler d’odeurs de sulfite dérangeantes (relaxe LeMarque… n’oublie pas que tu n’as payé ta bouteille que 8 $). C’est le vin de table ordinaire que l’on met sur une table ordinaire, lors d’un repas ordinaire (culturellement ces événements se produisent essentiellement les soirs de semaine), avec des gens ordinaires… non ! N’allons pas si loin… Mais reste que c’est un produit qui doit être consommé en mangeant… et moi qui préfère la bière lors des repas de semaine !

Sans cogner d’avantage sur le clou, je dirais que Fuzion est un produit assez honnête. Ce qui aurait été le contraire c’est si le prix avait grimpé pour atteindre les 12 à 18 dollars auxquels monsieur Gagnon le compare. Fuzion a tout simplement bénéficié d’une mise en marché efficace de la part de la SAQ qui en avait probablement commandé beaucoup puisqu’elle avait l’opportunité d’une bonne affaire. Ce n’est pas mauvais, ça a quand même un bon équilibre, ça vaut 8 $. Mais ne vous en faites pas, il y a une panoplie d’autres vins qui sont « sans contredit, tellement bons pour leur prix que ça ne vaut même pas la peine de payer 12 $ », il suffit que de demander à un commis, il vous vendra alors « le nouveau produit miracle pour le prix ».

J’essaierai donc, sur une base plutôt régulière, de vous faire part de mes découvertes, ces petites trouvailles de vins qui se boivent avec un cachet d’aspirine. De toute façon, ces bouteilles finiront toutes dans la jarre de vinaigre de vin.

par lemarque

Embouteillé sous Amérique du Sud, jarre à vinaigre, vin rouge le 20 février 2008. Trackback URI: trackback

1 Réponse à “Le Fuzion? Pour le vinaigre de vin.”

  1. 4 mars 2008 à 18:39 #lalchimiste

    Je vais dans le même sens que LeMarque. Je trouve que le Fuzion est un produit de bas de gamme. Je trouve particulièrement déplorable qu’un journaliste sensé être sérieux comme Marc-andré Gagnon le note à 2,5/5, seulement 0,5 points du Nipozzano, un Chianti extrêmement bien bâti. Personnellement, je trouve que le Fuzion est un vin lourd, trop riche en saveurs de bois (vanille, fumée liquide), et bas de gamme. Il laisse sur la langue un goût boisé trop concentré selon moi, et manque d’équilibre et de complexité. Bref, c’est un vin de 8$ qui les vaut, un point c’est tout. Mais bon, ici je ne vous offre que mon humble opinion.

    Plusieurs raisons expliquent le bas prix du Fuzion. La première est sa fabrication. Depuis l’arrivée sur le marché des vins Australiens, on a vu le marché vinicole s’ajuster, de par la popularité des vins Australiens, qui offrent de nouvelles saveurs. Je ne suis pas un fan de vins Australiens, qui sont des vins très extravertis, mais depuis qu’ils sont là, les vin en général dans le reste du monde se sont améliorés. Ils ont su mettre la science au service du vin, contrairement aux traditionalistes Européens qui gardent leurs méthodes ancestrales. Ce sera le sujet d’un article que j’écrirai prochainement. Mais en résumé, le Fuzion n’est pas cher parce qu’il est élevé (fermenté, puis vieilli), dans des cuves en acier inoxydable où flottent des copeaux de chêne. Les copeaux sont moins cher que les fûts, et à court terme procurent environ le même effet. Donc on a une imitation d’un vin élevé dans le bois. Ensuite, puisque la maturation est plus rapide (en contact avec le bois moins longtemps), cela permet de faire la mise en marché aussi plus rapidement, donc moins de dépenses pour entreposer le vin chez le producteur.

    J’écris toutes ces lignes pour dire que le Fuzion est un vin bas de gamme, et que je suis très surpris qu’il obtienne une note si haute sur le blogue d’un spécialiste. Je veux moi aussi simplement remettre les choses en perspective. Oui c’est un vin qui a du caractère, qui est agréable à boire, mais c’est un vin de semaine, qui n’a rien à voir avec disons un Glen Carlou Shiraz, qui lui est très beau, ou des Meysonniers de Michel Chapoutier.

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